Le récent forum social européen a mis en lumière l'émergence de médias alternatifs, dont l'objectif est de créer un «contre-pouvoir» qui s'organise en réseaux. Article de Selma SCHNABEL (source Mouvement.net )
«Don't hate the media, become the media!», le slogan devenu culte du musicien Jello Biafra, accompagne l'explosion des nouvelles pratiques de self-journalisme au sein du «mouvement des mouvements» qui tenait son Forum du 12 au 16 novembre aux portes de Paris. En terre altermondialiste, les supports de la contre-information poussent comme des champignons: agence de presse «glocale», radio et télé en ligne, liste d'information militante, magazine papier et électronique, audio ou vidéo... Incontrôlables et indépendants, ils se veulent une alternative aux grandes agences où se pré-formate l'information autorisée (AFP, Reuters) et répondent à la domination médiatique des grands groupes par un foisonnement de sources et un fonctionnement en réseaux.
De Porto Alegre, au sud du Brésil, l'agence de presse électronique www.agenciacartamaior.com.br a envoyé huit émissaires, armés de mini-DV, DV-Cam et laptops. En ligne depuis le Forum Mondial de février 2001, ce magazine, alors tribune pour de nombreux chroniqueurs «développistes» (dont le Président Lula), se dotera bientôt d'un programme radio et d'un programme Télé «afin d'articuler toute une série de médias autour d'un cerveau, le site» explique Marco Weissheimer, docteur en philosophie, journaliste et porteur du projet. Sans lien organique avec les Forums sociaux, agancia cartamaior «se situe dedans-dehors, à la fois média et acteur du mouvement altermondialiste», explique Marco. «Nous fabriquons une contre-information de l'intérieur du mouvement, avec notre perception de militant» explique Elisabeth Günther. Journaliste au sein d'une mythique radio viennoise, Radio Orange, Elisabeth parle de «tactical media». L'intérêt du réseau est d'y faire circuler librement images et idées, non d'être objectif. Au lecteur de se faire sa propre idée.
Persuadée qu'«un autre monde passe aussi par une autre info», Elisabeth participe, pendant le forum, à un projet de radios européennes en réseaux à l'invitation de la CNRL (Confédération Nationale des Radios Libres). Moquette bleue nickel-chrome, enfilade d'ordinateurs sur lesquels une dizaine d'ébouriffés issus des centro sociali italiens balancent des interviews en mp3, le Media Center du FSE à la Villette regroupe les internautes, les radios libres et les télés libres (télé bocal) ainsi qu'un espace radio avec trois studios. La CNRL, qui fédère 260 radios libres en France, en a incité une quarantaine - françaises et étrangères -, à s'échanger leurs programmes et à les mettre en commun en vues d'émissions quotidiennes sur le site du FSE (www.fese-esf.org) et sur les ondes de Fréquence Paris Pluriel (106.3 FM). Journaliste et membre fondateur de FPP, Yvan Gossen a dû batailler dur pour imposer ce Media Center au FSE. «Les ONG internationales et les grands syndicats s'adressent à la grande presse par atavisme et ne voient pas qu'une mutation s'effectue et qu'un tiers secteur médiatique est en train de s'organiser efficacement» regrette ce militant de la première heure. «L'objectif est bel et bien de créer un contre-pouvoir, confirme Marco Weissheimer de l'agencia cartamaior mais les médias alternatifs sont encore loin d'y parvenir du fait de la puissance des grands journaux et de l'hégémonie culturelle... Mais dans les prochaines années, le grand défi à relever pour ces médias sera justement de dépasser le seul milieu militant et de parler au plus grand nombre. » Selma SCHNABEL
Commentaires :

Il propose justement un solution à la "corruption" actuelle de l'information.