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Tout savoir sur le livre de chevet de Raffarin

Je voudrais signaler un document symptomatique publié par l'OCDE(1) qui après lecture apparaît comme étant le livre de chevet de Raffarin. Tout y est écrit noir sur blanc. On y apprend les recommandations à suivre pour mener à bien une politique libérale sans soulever les foules, en dressant les uns contre les autres, en faisant croire aux pauvres qu'ils comptent, en contrôlant la communication et les médias, en bichonnant la police et l'armée. Bref, le parfait petit manuel du parfait petit libéral. Tout ce qu'a entrepris Raffarin depuis qu'il est premier ministre et tout ce qu'il entreprendra est écrit là. Il n'y a qu'à lire pour s'en convaincre. Voici quelques extraits de ce document qui vont peut être vous donner envie de lire les 42 pages qui le composent.

" (...) Les Cahiers de politique économique présentent sous une forme concise, facile à lire et à assimiler, les résultats des travaux de recherche du Centre. De par sa diffusion rapide, large et ciblée, cette série est destinée plus particulièrement aux responsables politiques et aux décideurs concernés par les recommandations qui y sont faites (...) Le programme de stabilisation a un caractère d’urgence et comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l’on réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages en diminuant les salaires des fonctionnaires (...) Chaque mesure fait en même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le gouvernement peut s’appuyer facilement sur une coalition des bénéficiaires pour défendre sa politique (...) à même réduction du déficit extérieur, puisque c’est l’objectif premier d’un programme de stabilisation. En classant en fonction de leur risque politique des mesures qui ont le même effet économique, nous procurons une information utile pour les gouvernements qui souhaitent minimiser les risques de troubles (...) Même si un gouvernement poursuit divers objectifs comme la croissance ou le prestige international, il reste qu’habituellement son premier objectif est de rester au pouvoir, la probabilité d’y rester dépendant à la fois du soutien politique de la population et de la répression (...) Avant même d’être confronté à des déséquilibres macro-économiques, tout gouvernement a intérêt à prendre des mesures qui rendront l’ajustement politiquement moins risqué. Deux actions paraissent souhaitables, l’une contre les inégalités, l’autre contre les corporatismes. (...) L’autre obstacle tient au corporatisme. Plus il existe des groupes d’intérêt puissants et bien organisés, plus la marge de manœuvre du gouvernement est réduite. Celui-ci sera incapable d’appliquer des mesures indispensables, même s’il dispose d’une majorité parlementaire dans un régime démocratique et veut ajuster avant la crise financière. L’histoire récente de pays développés comme la France et l’Italie montre d’ailleurs que les PED n’ont pas le monopole des corporatismes. (...) Ainsi, toute politique qui affaiblirait ces corporatismes serait souhaitable : d’un point de vue économique, cela éliminerait des entraves à la croissance et, politiquement, le gouvernement gagnerait une liberté d’action qui peut lui être précieuse en période d’ajustement. On objectera que cette politique soulèvera des résistances, mais il vaut mieux que le gouvernement livre ce combat dans une conjoncture économique satisfaisante, qu’en cas de crise, lorsqu’il est affaibli. Cette politique peut prendre diverses formes : garantie d’un service minimum, formation d’un personnel qualifié complémentaire, privatisation ou division en plusieurs entreprises concurrentes, lorsque cela est possible. (...) un gouvernement qui veut accroître ses marges de manœuvre et rendre plus flexible une société, aurait intérêt à affaiblir d’abord tous les corporatismes qui constituent par nature des obstacles aux mesures d’ajustement. Il est clair, cependant, que seul un gouvernement élu démocratiquement a la légitimité nécessaire pour mener une telle action. (...) La clairvoyance politique est indispensable pour agir rapidement et efficacement. Si un gouvernement arrive au pouvoir au moment où les déséquilibres macro-économiques se développent, il bénéficie d’une courte période d’ouverture (quatre à six mois), pendant laquelle l’opinion publique le soutient et il peut rejeter sur ses prédécesseurs l’impopularité de l’ajustement. Grâce à ce soutien, les corporatismes sont temporairement affaiblis et il peut dresser l’opinion contre ses adversaires. Après ce délai de grâce, c’est fini (...) Cela suppose une bonne stratégie de communication, cette stratégie étant une arme importante dans le combat politique. Il faut dès l’arrivée au pouvoir insister, voire en exagérant, sur la gravité des déséquilibres, souligner les responsabilités des prédécesseurs (...) Par ailleurs, si l’on réduit les salaires des fonctionnaires, des secteurs stratégiques (l’armée ou la police, par exemple) peuvent être exemptés. (...) Il est souhaitable, par exemple, de limiter les réductions de salaire aux fonctionnaires civils et d’accorder une aide bien adaptée à des familles pauvres. Cette stratégie permet de gagner des soutiens, sans en perdre, puisque beaucoup de fonctionnaires civils auraient été de toute façon hostiles à l’ajustement. (...) En principe, le risque de grève est moins dangereux. Il concerne uniquement les salariés du secteur moderne, qui ne font pas partie des classes les plus pauvres. Les grèves ne remettent pas en question le régime, comme c’est le cas lorsque les manifestations tournent à l’émeute et débordent les forces de l’ordre. C’est ce qui explique d’ailleurs l’absence de relation statistique entre grève et répression. Le gouvernement peut toujours y mettre fin en faisant des concessions. Toutefois, les grèves comportent un inconvénient sérieux, celui de favoriser les manifestations. Par définition les grévistes ont le temps de manifester. Surtout, les enseignants du secondaire et du supérieur, en faisant grève, libèrent une masse incontrôlable de lycéens et d’étudiants pour les manifestations, un phénomène très dangereux, car dans ce cas la répression peut conduire facilement au drame. (...)"

(1) Centre de développement de l'OCDE, Cahier de politique économique N° 13 : La faisabilité politique de l'ajustement par Christian Morrison. Adresse : http://www.oecd.org/pdf/M00005000/M00005992.pdf  (source Fred SNEP)

Ecrit par Lucanus, le Vendredi 9 Mai 2003, 20:51 dans la rubrique "Coups de sang".