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Les valeurs chrétiennes dans la future Constitution européenne :
L'Europe planche en ce moment sur un projet de Constitution et il est notamment question, dans les différents débats qui l'agitent, de transformer l'article qui porte sur les "valeurs" de l'Union européenne. Valeurs morales, s'entend.

Jean-Paul II a d'ailleurs pris part au débat. Pour lui, nous vivons une "époque d'égarement". La cause en est que "l'oubli de Dieu conduit à l'abandon de l'homme." Ainsi conclut-il dans un document sur l'Europe qu'il a rendu public: "Europe, ouvre les portes au Christ! Sois toi-même. Redécouvre tes origines. Revis tes racines."

On aurait pu penser que l'affaire en resterait là. Que Jean-Paul II prêche pour sa paroisse. C'est son boulot, après tout! Mais le pape a fait des émules au sein de la Convention européenne, qui viennent réclamer que la future Constitution européenne fasse référence aux valeurs chrétiennes qui seraient "un fondement" de l'Europe et auraient marqué deux millénaires de son histoire.

Ainsi Zjozef Olesky, ex-Premier ministre polonais et observateur à la Convention, a déclaré qu'"on ne peut pas fuir devant la question des racines chrétiennes de l'Europe, les valeurs, l'importance de la foi et les motivations religieuses", propos soutenus par Leczek Miller, le Premier ministre polonais, dirigeant de la... gauche démocratique! La Pologne, le plus grand pays candidat à rejoindre l'Union européenne en 2004, a décidé que la future Constitution européenne devait intégrer la référence et entend ainsi mener le combat jusqu'à la victoire. Dans cette croisade, elle a été rejointe par la Lituanie et la République tchèque et aussi par le Parti populaire européen, un des plus importants groupes politiques au Parlement européen, qui rassemble la plupart des partis de la droite européenne, dont l'UMP en France.

Pour le moment, il semblerait que Giscard d'Estaing, qui préside la Convention, n'ait pas donné son accord. Mais on s'orienterait vers une sorte de compromis, selon lequel la future Constitution européenne contiendrait une référence à l'"apport des religions."

De quel apport s'agit-il? La Convention européenne rappellera-t-elle le rôle que l'Eglise a mené sous l'Inquisition? La persécution dont furent victimes en son nom tout ce que l'Europe comptait de progressistes, depuis les scientifiques, découvreurs des lois qui régissent le monde réel, et qui allaient bouleverser toutes les connaissances, jusqu'à ceux qui, poussant la logique de leurs recherches jusqu'au bout, osèrent mettre en question l'existence de Dieu? Dans les fameuses traditions défendues par l'Église catholique, la Convention européenne indiquera-t-elle celles de l'obscurantisme et de l'intolérance qui au XVIe siècle conduisirent au bûcher Giordano Bruno parce qu'il avait émis l'hypothèse d'un monde infini, récusant ainsi les conceptions de l'Église, fondées sur la référence à la Bible? Rappellera-t-elle la tentative d'excommunication dont Galilée fut l'objet, parce qu'il avait démontré que la terre tournait autour d'elle-même et autour du soleil, ce qui réfutait les théories inculquées alors par l'Eglise? Sans compter tous ceux que celle-ci traita d'hérétiques, dont elle ordonna de brûler les livres, qu'elle condamna à mort, eux et leurs éditeurs, pour avoir seulement fait connaître un autre point de vue que le sien?

La morale, l'éthique, dont les gens d'Eglise et les hommes politiques défendent aujourd'hui les "valeurs" ont en réalité freiné bien des avancées dans de nombreux domaines, quand elles ne les ont pas étouffées. Et l'Eglise dans ses multiples croisades politiques et éthiques aura fait couler beaucoup de sang! Et comment aujourd'hui ne pas condamner les prétendues valeurs que l'Eglise véhicule et qui consistent toujours au fond à prêcher aux exploités l'acceptation de l'ordre établi?

Voilà pourtant qu'au XXIe siècle on discute sérieusement d'inscrire ces valeurs dans la Constitution d'une Union européenne qui nous ramène au Moyen-Age. Ce qui prouve à quel point la société marche à reculons! (source LO)

Ecrit par Lucanus, le Vendredi 18 Juillet 2003, 09:02 dans la rubrique "Actualité".

Commentaires :

ImpasseSud
18-07-03 à 19:18

Très intéressant cet article. Il résume plus ou moins ce que pensent tous les gens qui ne sont pas aveuglés par une notion de supériorité, et capable de reconnaître les fautes de l’église au cours du temps.

 

Pour ma part, je pense que la question est  plus ambiguë. Il est indéniable que si l’Europe aujourd’hui est ce qu’elle est, c’est suite à l’empreinte (bonne ou mauvaise) de la chrétienté. Et je ne crois pas que le fait de citer cette « racine » chrétienne dans la Constitution Européenne soit vraiment si grave.  Après tout, c’est la vérité.

Ce qui l’est beaucoup plus, à mon avis c’est le fait de s’y cramponner aussi fortement, à très haute voix et avec insistance, comme le fait Jean-Paul II, non pas tant pour les valeurs qu’elle représente, mais plutôt par opposition à un Islamisme qui monte. Je ne vois aucun hasard dans la béatification, le jour de Pâques, le 27 avril dernier, du Frère Capucin  Marco d’Aviano qui, le 12 septembre 1683, grâce à la « Ligue Sainte » (composée par le règne de Pologne, la République de Venise et la Russie) mit fin, devant Vienne, au rêve de l’empire Ottoman de conquérir l’Europe, libérant ensuite et tour à tour Carinthie, Slovénie, Croatie, Transylvanie, ainsi que des territoires de la Serbie et de la Valachie. Que penser de l’homélie du pape en ce jour de Pâques : « Marco d’Aviano est un exemple pour sa courageuse action apostolique […]. Ses interventions dans le domaine social, toujours finalisées au bien des âmes, constituent un encouragement même pour les chrétiens d’aujourd’hui à défendre et à promouvoir les valeurs évangéliques. Que le bienheureux Marco d’Aviano protège l’Europe, pour qu’elle puisse construire son unité sans oublier ses racines chrétiennes communes. »

Peut-on encore se poser des questions à propos de l’acharnement de la Pologne ? N’a-t-on pas un peu l’impression qu’on veuille répéter certains faits historiques ? Comment se fait-il que la « sainteté » de Marco d’Aviano n’ait sauté aux yeux d’aucun pape pendant plus de quatre siècles ?


 
Lucanus
19-07-03 à 19:41

Re:

Ta remarque est très pertinente, j'ignorais le passé historique de Marco d'Aviano dont j'ai lu, sans plus, la béatification. Est-il nécessaire de "marquer le territoire" européen de l'empreinte chrétienne par le biais de sa constitution face à la montée de l'islamisme ? Il me semble que certaines craintes apparaissent au grand jour. Concernant la Pologne, je me suis posé la même question que toi. Tout est en rapport sans aucun doute.

 
romain
22-07-03 à 10:21

Et pourquoi pas ?

L'influence de la chrétienté en Europe est indéniable, depuis 2000 ans, en bien comme en mal (l'apport du christianisme ne se limite pas aux épisodes désastreux, tels l'inquisition).

On peut poser la question ainsi : est-il honnête (envers soi-même, les autres, et eux-mêmes) de renier ses parents ou de les passer sous silence, parce qu'ils ont commis (entre autres) des faits inavouables ?

Cela dit, si le christianisme a eu une influence déterminante depuis 2 millénaires, il me semble en effet plus juste de parler des religions dans leur ensemble. La phrase retenue dans le projet de la convention est d'ailleurs parfaitement équilibrée, en reconnaissant les héritages culturels et religieux de l'Europe.

Petite note, au passage, sur l'épisode Galilée ; l'histoire est beaucoup moins simple que celle d'une opposition brutale de l'Église a une théorie allant à l'encontre de sa doctrine : Galilée était un grand copain du Pape de l'époque, et ses démêlés doivent plus à des conflits internes à l'Église, et à problème de politique qu'à un problème de fond (en l'occurrence, _toute_ l'Église n'était pas choquée de voir une hypothèse démontrant par A + B que la terre tournait autour du soleil). Allègre avait pondu un bouquin intéressant, il y a... 5 ans, je crois "Dieu face à la science", qui revient sur plusieurs oppositions historiques, et les analyse un peu plus en profondeur.

 
romain
22-07-03 à 14:27

Re:

Justement, Galilée : article du Monde :
SEULS CONTRE TOUS (3/12) Le présomptueux Galilée
LE MONDE | 22.07.03 | 13h33
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3230--328550-,00.html