On demande aux enseignants de débattre sur l'école alors que le dossier est déjà bouclé. En voici des preuves : Texte provenant de la commission des finances de l'économie générale et du plan du mardi 28 octobre 2003 et quelques extraits des Entretiens Friedland du 11 février 2002. Documents à diffuser généreusement.
Nos ministres ne font même plus semblant de vouloir demander leur avis aux premiers intéressés, les enseignants ! Un texte édifiant et complet à cette adresse : http://www.assemblee-nationale.fr/12/cr-cfiab/03-04/c0304017.asp". En allant faire un tour sur cette page on y découvre le compte rendu n° 17 de la commission des finances de l'économie générale et du plan du mardi 28 octobre 2003, faisant suite à l'audition de messieurs Ferry et Darcos. Voici en substance quelques extraits sans ambiguïté :
"(...) La problématique du rendement de notre système éducatif est tout à fait légitime. (...) La perspective principale qui motive ce ministère est de poursuivre la décentralisation et la déconcentration. (...) il faut d'abord améliorer le rendement du système de remplacement qui est aujourd'hui très insuffisant (...) Des réformes sont en cours et dans l'académie de Nice, par exemple, le nombre de zones de remplacement va être divisé par 3, de 12 à 4. (...) S'agissant de réformes plus profondes du système éducatif français, il serait délicat au moment où il a été décidé d'ouvrir un grand débat national, de préempter ce débat en annonçant dès aujourd'hui de vastes réformes (...) une réforme de l'organisation des examens et des concours est également prévue. L'ensemble de ces réorganisations et améliorations doit permettre de réaliser une économie de 1.100 emplois administratifs, comme le prévoit le projet de loi de finances pour 2004. D'autres champs d'économie sont possibles dans l'éducation. Certains passent par la redéfinition des services par développement de la bivalence, l'annualisation des services et la rationalisation des offres de formation (...) La lourdeur de la gestion du personnel peut être combattue par une meilleure organisation des options et la bivalence, ce qui implique des réformes complexes, et le ministère s'interroge sur le fait de savoir s'il ne vaut pas mieux attendre que le grand débat sur l'éducation n'amène naturellement à poser ces questions de façon concrète. (...) l'enseignement secondaire français coûte 30 % plus cher qu'en moyenne dans les pays de l'OCDE. Il s'agit d'une véritable gabegie dont on connaît les causes (...). Dans ces conditions, il convient de ne pas voter de crédits supplémentaires, si le Gouvernement s'avisait d'en proposer. (...) La bivalence présente des avantages certains, car elle permet une transition douce entre le primaire et le secondaire et une réduction du nombre des enseignants ne disposant pas d'un emploi du temps à taux plein. L'annualisation du temps de travail permettra de trouver une solution au problème des remplacements (...) M. Philippe Auberger a indiqué que le grand débat national doit permettre un état des lieux précis, mais ne doit pas préjuger des solutions qui seront finalement retenues dans la loi de programme (...) Au moment des pics d'absence, n'est-il pas possible de mettre en place un système de remplacement plus efficace, en sollicitant notamment les professeurs nouvellement retraités (...) Lorsque les élèves pratiquent des stages en entreprises, il n'est pas rare de voir des enseignants dans les filières professionnalisantes être sans élèves, même si les professeurs sont censés rendre visite aux élèves en stage. (...) Il est temps de revenir sur cette question importante, afin d'optimiser le temps de travail des enseignants. (...) La mise en place de la bivalence des professeurs au collège serait une très bonne chose. Il est clair que de nombreux professeurs d'allemand, qui sont, en général, des personnes très cultivées, pourraient assurer d'autres enseignements, par exemple, un cours d'histoire de classe de sixième. (...) il est vrai que 30 heures de cours ou plus par semaine constituent le maximum pour les élèves ; la généralisation des équipements informatiques devrait favoriser un travail plus autonome nécessitant un accompagnement différent des cours classiques ; comme l'autonomie progresse avec l'âge, le temps scolaire pourrait diminuer (...) l'évaluation du système scolaire par des observateurs extérieurs existe en Angleterre mais constituerait une véritable révolution culturelle au sein de l'Éducation nationale ; toutefois, elle paraît nécessaire (...)"
Voici une autre preuve que les orientations sur l'école ont lieu ailleurs qu'à l'école.
Entretiens Friedland du 11 février 2002
THEME : "Enseigner demain, des enseignants qui innovent pour un métier qui change" alors que le monde enseignant n'est ni consulté, ni informé de ce genre d'entretien qui n'est pas innocent.
Rapport des déclarations par Edith Wolf - Attac Paris 11éme et Maïté Decarré - Attac Paris 20ème
Les Entretiens Friedland, organisés par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, ont réuni le 11 février 2002. Jarl Bengtsson (Directeur du CERI-OCDE), Jean-Pierre Boisivon (Institut de l'Entreprise: organisme « éducatif », émanation du MEDEF), François Vachey (Vice-président de L'Oréal. directeur des Ressources humaines), Christian Vulliez (Directeur général adjoint de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris), Elie Cohen (professeur à Paris IX Dauphine), Claude Allègre (ancien ministre de l'Education Nationale).
Extraits des déclarations de M. Vulliez (Directeur général adjoint de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris) :
- On a assisté à une profonde mutation des valeurs des jeunes au cours des deux dernières décennies, mutation à laquelle l'enseignement doit s'adapter. Les nouvelles valeurs sont : fric, fun et Moi Sa (1).
- II y a une généralisation de la concurrence internationale en matière d'éducation.
- On commence à voir s'affirmer une reconnaissance du rôle formateur de l'entreprise.
- Nous passons d'une logique de la qualification à une logique de la compétence.
- il faut aller vers une professionnalisation des études.
- Les enseignants doivent être soumis à une logique de résultats.
Extraits des déclarations de M. Bengtsson (Directeur du CERI-OCDE) :
- Les pays de l'OCDE dans lesquels le niveau scolaire est le moins bon, si l'on se réfère à leurs résultats en mathématiques sont l'Italie et l'Allemagne.
- L'enseignement doit apporter des compétences plus que des savoirs.
- Chacun doit apprendre à être entrepreneur de soi-même.
- On est engagé dans une mondialisation du secteur éducatif.
- La libéralisation de l'éducation et la santé est au programme de l' A.G.C.S. (Accord Général pour la Commercialisation des Services) et celles-ci vont faire l'objet de négociations à terminer avant 2005, selon une décision prise à Doha par l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce).
Extraits des déclarations de M. Vacher (Vice-président de L'Oréal. directeur des Ressources humaines):
- Les jeunes se tournent résolument vers l'entreprise, et il faut les y introduire le plus tôt possible.
- II faut favoriser la proximité des enseignants avec le monde de l'entreprise et leur proposer des stages de formation en entreprise pour qu'ils la connaissent.
- L'école a pour valeurs le respect et l'obéissance, or l'entreprise a besoin de réactivité, cela suppose de la désobéissance. On devrait apprendre aux élèves à faire fructifier leur capital de désobéissance.
Extraits des déclarations de M. Boisivon (Institut de l'Entreprise: organisme « éducatif », émanation du MEDEF:
- Le modèle scolaire traditionnel a touché ses limites.
- Les coûts de l'éducation se sont envolés, il n' y a plus d'argent public.
- C'est un problème de management de l'éducation. Les établissements doivent être gérés comme des unités de production autonomes.
- Les enseignants devront être évalués. Il n'y a pour l'instant, pas de véritable gestion du personnel enseignant, c'est un archaïsme social.
- On ne doit pas dire: l'élève est au centre du système éducatif mais : Je client est au centre du marché.
- Les enseignants qui ne s'adapteront pas seront hors-jeu.
Extraits des déclarations de M. Allègre (ancien ministre de l'Education Nationale):
- Je suis pleinement d'accord avec M. Boisivon. D'ailleurs le système scolaire allemand, qui donne un rôle important à l'alternance école-entreprise est excellent (2).
- Les universités ont été créées par les professeurs, pour les professeurs, sauf celle de Bologne, où ce sont les demandes des étudiants qui ont déterminé l'ouverture d'une université.
- J'ai porté comme une croix, pendant mon ministère, le mot d'ordre des 80% d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat.
- Le but d'un professeur est d'avoir trois anciens élèves à Polytechnique.
- II n'est pas normal que 50% des reçus à Polytechnique et à l'ENA soient des fils d'enseignants du secondaire.
- Aux Etats-Unis, le système scolaire est bon parce qu'il a réussi à proposer un enseignement d'élite et un enseignement de masse.
- L'ordinateur sera l'outil du changement. Le rôle de l'enseignant sera, par exemple de dire: « Toi, le logiciel machin, il ne te va pas. Prends donc le logiciel untel. »
- Si on veut qu'il y ait de très bonnes universités, il faut qu'il yen ait de mauvaises. L'idée d'égalité dans l'éducation est une illusion complète.
(1) Cette expression est reprise et glosée ainsi (dans le petit ouvrage qui était distribué sur place: Enseigner demain, publié par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris) : "il me faut de l'argent, mon niveau de consommation caractérise ma position sociale, je refuse de faire des choses perçues comme ennuyeuses, je suis à la fois le but et le moyen de ma réussite ".
(2) Relisez la fin de l'intervention de M. Bengtsson et tentez de comprendre quelque chose.
Y a-t-il encore un doute possible ? ... Aux larmes citoyens !
